Information extra financière : une sphère d’influence, une nouvelle arme de guerre économique, un nouveau terrain de conquête hégémonique

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Il ne s’agit pas ici de critiquer l’existence et l’exigence par les acteurs économiques d’une transparence accrue en matière de comportement environnemental, social ou de bonne gouvernance. Il n’est en effet pas question de remettre en cause la nécessité pour chacun d’avoir conscience de son empreinte et de son impact sur notre environnement, car à moins de faire dans le cynisme ou le négationnisme, il est évident que chacune des actions des acteurs économiques et citoyens que nous sommes ont un impact direct ou indirect sur l’ensemble de notre écosystème. Le propos est ici d’essayer de mettre en évidence que ces sujets vitaux, universels et générateurs de peurs primales justifiées, peuvent être d’une part, utilisées à mauvais dessein, et d’autre part, constituer de nouvelles armes de guerre économique.

La technologie aidant, tous les aspects de vie quotidienne peuvent désormais faire l’objet d’évaluations, d’appréciations et de notes. Alors que de plus en plus de voix s’élèvent, à tort ou à raison, contre les notes de nos chères têtes blondes, les considérant comme des éléments traumatiques dans le parcours académique des plus jeunes, tous les domaines de la vie économiques font l’objet de notes, ou notations.

Tout le monde connait les agences de notation financières, dont le rôle ou le manque de responsabilité a été mis en évidence durant la crise financière de 2007-2009. Non seulement on s’est rendu compte de leur grande inefficacité à éviter, ou au moins prévoir – elles se sont toujours prévalues de ne pas faire de prédiction – les problèmes de solvabilité de grands acteurs financiers, mais en plus on s’est rendu compte de leur passif dans cette même crise, en notant positivement des produits financiers toxiques mélangés à des produits financiers non toxiques. Il est difficilement contestable que les erreurs commises en la matière aient grandement participé à l’ampleur de la crise 2007-2009 qui a fait suite à leurs errements dans les notations[1] des produits structurés. Certaines réformes ont été nécessaires, notamment en termes de régulation, mais elles restent probablement insuffisantes, eut égard à la position dominante de quelques acteurs[2]. Même s’il y a eu des progrès réalisés, notamment avec la publication de méthodologies plus ou moins claires, ces améliorations ont également eu des effets pervers, puisqu’une fois écrites, elles constituent en quelque sorte une extrarégulation. Une méthodologie, quelle qu’elle soit, constitue une Table de la loi.

Cette grande crise financière a renvoyé une image tellement négative du monde des affaires que l’extrafinancier est devenu un argument de vente positif, et non plus une posture défensive. La prise de conscience du retard au monde économique en matière de sujets vitaux tels que la préservation de l’environnement, la biodiversité ou les droits humains a été un catalyseur à la structuration de ces nouvelles priorités, qui ne sont finalement pas si nouvelles. À l’exception près que derrière l’apparente vertu des sujets couvrant l’extrafinancier, se cachent des jeux d’influence et de pouvoir dont la portée est universelle.

 

Notes

[1] Agences de notation, nouveaux maîtres du Monde : https://www.youtube.com/watch?v=putvJCXFnG0  

[2] Rapport de la Mission Commune du Sénat de 2012 : https://www.senat.fr/rap/r115981/r1159811.pdf

 

Etude réalisée dans le cadre d’une formation continue de l’Ecole de Guerre Economique

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