Dictionnaire notionnel et méthodologique d’intelligence économique

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Par Christian Harbulot

Au cours de ces trente dernières années, l’intelligence économique a été l’objet de nombreux écrits (un rapport du commissariat général au Plan, plusieurs rapports parlementaires, des dizaines de thèses universitaires et de multiples publications sur ce concept dont l’origine remonte en France à la fin des années 80. Mais il manquait un ouvrage qui structurait de manière très didactique le lien entre la théorie et la pratique. Le général Bruno Mignot a comblé cette lacune en relevant deux défis fondamentaux : le choix des notions et leur combinaison pour en tirer des enseignements méthodologiques.

Le concept d’intelligence économique résulte de plusieurs apports successifs. En premier lieu, celui des veilleurs qui ont très tôt cerné l’importance de l’information dans l’identification des transferts de technologie et le dépassement nécessaire de la notion d’informations scientifique et technique. En second lieu, les spécialistes de l’analyse concurrentielle et du risque/pays qui ont saisi l’importance du croisement des multiples sources générées par le développement de la société de l’information. Le rapport Martre a contribué à compléter l’apport de ces deux premiers types d’expertise. L’analyse comparée des stratégies d’accroissement de puissance des pays qui dominent l’économie mondiale a provoqué la nécessité de faire appel à d’autres savoir-faire. Pour faire face aux enjeux de la compétition, se profilait peu à peu la nécessité d’adopter un management global de l’information. Les enjeux multidimensionnels de la guerre économique ont remis en question la vision centrée sur le cœur de métier.

Cette ouverture du champ d’analyse a débouché sur un processus fusionnel échelonné dans le temps. La mondialisation des échanges a fait apparaître de nouvelles problématiques informationnelles, notamment dans la conquête des marchés dans les économies émergentes. Sous la pression des différentes phases de mutation de la compétition mondiale.

L’information devenait peu à peu un enjeu stratégique. Ainsi est née la nécessité de systématiser la pratique de l’influence pour les grands groupes industriels. Les rapports de force générés au sein des espaces géographiques comme l’Union Européenne ont imposé aux parties prenantes l’apprentissage du lobbying. Ce ne fut pas facile car les résistances culturelles au changement sont multiples. Le monde de l’ingénieur dont le rôle est capital dans l’innovation, a encore beaucoup de difficultés à admettre la nécessité d’intégrer l’intelligence économique dans son champ de vision.

Au cours des trente dernières années, la posture globalement défensive de l’appareil d’Etat a réorienté la démarche d’intelligence économique vers la sécurité économique. La notion d’intelligence économique a été réduite au minimum dans la culture administrative. Mais depuis le premier mandat de Donald Trump, la confrontation commerciale entre la Chine et les Etats-Unis a donné raison aux créateurs du concept. Les retombées géoéconomiques de la pandémie, de la guerre en Ukraine et de la guerre au Moyen Orient sont autant de situations qui démontrent la pertinence de l’intelligence économique dans la géopolitique du monde des affaires.

Ce dictionnaire notionnel et méthodologique d’intelligence économique est donc un outil indispensable pour mieux cerner les apports multiples de l’intelligence économique dans le monde de l’entreprise ainsi que dans les structures étatiques qui ont en charge le développement économique de la France.

 

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